» Sam 5 Mai 2012 17:13
Je souhaite au travers de cette lettre faire percevoir ce que je ressens dans mon corps et ce que j’éprouve moralement. Je passe par l’écriture car les mots d’une conversation s’envolent et ne s’imprègnent pas dans une perception consciente. La lettre peut être relue. Je vais donc tenter de trouver les mots justes, pesés, afin que ma réalité ne soit pas traduite ou interprétée.
Chaque matin, je me sens vide, sans énergie ni vitalité. La fatigue généralisée est mon lot quotidien. Pourtant, la nuit est passée par-là me laissant quelques heures en paix avec les douleurs qui occupent mon corps depuis plus de dix-sept ans. J’ai la sensation de vivre dans un tunnel, enfermé, une chape au-dessus de la tête.
Je pourrais comparer mon corps à celui d’un coureur condamné à courir sans jamais s’arrêter. Mes chevilles sont endolories, mes genoux compressés, les muscles et les tendons des jambes tétanisés à la limite de la rupture, mes hanches me font souffrir. Mon dos n’est que souffrance avec cette sensation d’avoir un poignard me transperçant de part en part pour se loger dans la région du cœur. Mes cervicales sont douloureuses et me renvoient des douleurs aiguës dans les coudes et les poignets. La douleur est sourde et aiguë à la fois. Le bruit même léger m’est insupportable, il raisonne dans l’ensemble de mon corps. Chaque minute qui passe est souffrance. Je n’ai jamais le droit à une pose ou un répit. Toute mon énergie est consommée par la douleur qui ne cesse jamais. Ce corps est une prison de douleurs physiques. Devoir le supporter au quotidien correspond à un enfer !
Pendant toutes ces années j’ai lutté, j’ai voulu y croire. Me dire que cette fatalité n’était peut-être qu’un mauvais moment. Et aujourd’hui je ne m’illusionne plus, je suis condamné à vivre avec cette maladie qu’est la fibromyalgie qui me ronge et ne me laisse aucun espoir…
J’aimais la vie, le travail. J’aime mes enfants, ma famille et pourtant je n’arrive plus à m’investir auprès d’eux … je m’en excuse. Je me sens coupable d’une situation qui n’est pas de mon fait et que je subis de plein fouet.
De nature passionné et curieux je pouvais m’enflammer pour des nouveautés. Aujourd’hui tout ce que je peux envisager correspond à un effort, de la souffrance, du déplaisir. Je n’aspire à rien d’autre qu’un peu de tranquillité simple et tellement inaccessible me concernant. Lire un livre, échanger une conversation ou toutes ces petites choses de la vie quotidienne sont sources de souffrance et de déplaisir.
Pourtant, pendant ces dix-sept années, j’ai lutté jusqu'à l’épuisement sans ne jamais laisser rien transparaître, sans ne jamais réellement me plaindre en avançant toujours comme ce coureur, sur la volonté. Et je me suis écroulé, fatigué, déprimé, vidé. J’ai eu la volonté de me relever, mais je n’y arrive plus ou seulement par intermittence tel un feu de paille.
Ecrire ces mots est un déchirement pour moi, compte tenu de mon caractère, de qui je suis de ce que j’ai fais et de ce que j’espérais pouvoir faire. Je me sens impuissant et angoissé pour la suite. Je ne sais vraiment pas comment cela finira.
Je ne peux plus envisager l’avenir, me projeter dans des rêves ou de futures réalisations. Je fais parti du passé. La vie que j’ai construite avec beaucoup de volonté et d’acharnement, semble s’effacer peu à peu dans le temps, et cela me rend triste parce que je suis impuissant. La maladie et plus forte que moi, elle me ronge le corps et la tête.
Mon compagnon est le silence et je vis une très grande solitude intérieure. Ce n’est pas un choix mais le résultat de toutes ces années d’errance et d’incompréhension (peut-être n’ai-je pas su m’expliquer ?). J’ai le sentiment d’une grande injustice et d’un énorme gâchis, comme si on m’avait volé ma vie !
ERIC